Peintures Orogéniques par Pierre-Olivier Rollin

Nombreux ont (ré)clamé sa mort. Mais à chaque fois, la peinture n'a cesse de naître et de renaître, sous de nouvelles formes, opposant à un processus qui se voulait inéluctable et définitif, des réponses tangibles imparables. D'interrogations sur sa fonction représentative en résistances à I'omnipotence de I'image, d'analyses distanciées de ses propres composantes en exploitations effrénées de ses potentialités, la peinture trouve autant de raisons de continuer à être. C'est dans cette voie vitale que Hughes Dubuisson s'est engagé, renouant avec une appréhension matiériste de la peinture, forme peut-être la moins tolérée en cette période que caractérise I'usage du lisse et du diaphane.
Pourtant, avant d’être couleur, forme ou tout autre chose, la peinture est matière, tangible et palpable.
L'organiser en tableau impose au peintre de s'y mesurer dans une relation de corps à corps. Et c'est de cette confrontation prioritairement physique avec la matière que naissent les oeuvres de Hughes Dubuisson. Ses peintures renoncent effrontément à la planète du tableau pour se répandre dans I'espace, comme animées d'un processus organique autonome, n’obéissant à d'autres logiques que celle qui les anime.
Comme les mouvements orogéniques des plaques telluriques peuvent enfanter les montagnes, la peinture fait naître les aspérités, les turbulences de I'écorce, mais creuse aussi les anfractuosités secrètes où se fige la trace du geste et se rétracte la lumière du (premier) jour. En façonnant la peinture avec I'ambition d'un démiurge convaincu des possibilités de la matière - même s'il doute parfois de lui -Hughes Dubuisson soulève les questions essentielles de inexistence : celle de I'origine, celle de la fin qu'elle postule immédiatement - vieille mise en garde des vanitas- et celle du sens de ce cheminement inéluctable qu'est la vie.


Pierre-Olivier ROLLIN